Danakil Safari embrase le désert éthiopien

Une transe venue du Nord

Danakil Safari n’a rien d’un simple clin d’œil exotique. Le quintet norvégien, basé à Oslo, plonge dans l’ethiojazz avec une ferveur qui dépasse l’hommage pour devenir matière vivante, organique, brûlante. Leur nouvel album From The Soil, sorti le le 20 février 2026 chez Apollon Records, s’annonce comme une expérience à la fois sombre, sinueuse et résolument festive.

Le nom du groupe fait référence à la dépression du Danakil (ne pas confondre avec l’artiste du même nom), région inhospitalière du nord de l’Éthiopie, célèbre pour ses lacs acides et son activité volcanique. Une image qui colle parfaitement à leur musique : imprévisible, dense, parfois menaçante, mais toujours irrésistiblement groovy. On ne traverse pas un concert de Danakil Safari, on s’y laisse engloutir.

Danakil Safari

From The Soil : groove volcanique

À l’origine, le groupe interprétait le répertoire traditionnel de l’ethiojazz, ce style éthiopien inspiré du jazz américain et de ses racines africaines. Très vite pourtant, les musiciens ont injecté leurs propres influences : rock nerveux, textures électroniques rugueuses, esprit club underground et goût prononcé pour l’improvisation collective.

From The Soil reflète cette évolution. De nombreux morceaux sont nés d’improvisations libres en studio, captées dans l’instant, puis sculptées sans en lisser l’énergie brute. L’album, écrit, enregistré et produit par le groupe à The Danahub/Mothership à Oslo, respire cette spontanéité : rien n’y semble figé, tout circule.

Des titres comme Inner Struggle, Oslo Black Widow ou Savage Gales of the Mighty Desert jouent sur les contrastes : fanfares sinueuses, riffs tortueux, grooves profonds et granuleux. Erta Ale, clin d’œil au célèbre volcan éthiopien, distille une tension hypnotique, tandis que Club Silencio explore une veine plus nocturne, presque cinématographique.

Danakil Safari - From The Soil

Tracklist de From The Soil

01 Inner Struggle 5:25
02 Jam to Joe 4:39
03 Oslo Black Widow 4:21
04 Savage Gales of the Mighty Desert 8:15
05 Erta Ale 4:23
06 Club Silencio 3:36
07 From the Soil 5:49
08 Danakil Depression 1:24
09 Dromedarius 6:17

Danakil Safari : Une alchimie collective

Le son de Danakil Safari repose sur une chimie particulière, celle d’un collectif qui privilégie l’écoute et le risque. La section rythmique installe des fondations épaisses et mouvantes, pendant que saxophone et trompette dessinent des lignes tantôt abrasives, tantôt lyriques. Les claviers et les textures électroniques viennent troubler les pistes, brouillant les frontières entre tradition et modernité.

Le mixage assuré par Simen Følstad « Child of Necrobutcher » Nilsen et le mastering signé Espen « The Archduke » Høydalsvik renforcent cette profondeur sonore, sans sacrifier la dynamique. Le résultat est dense, charnel, presque tactile.

From The Soil n’est pas un simple disque d’ethiojazz revisité : c’est une plongée dans un territoire où la transe africaine rencontre l’électricité nordique. Sombre et sinueux, oui — mais aussi furieusement vivant.

Membres de Danakil Safari

Tobias Ørnes Andersen : Batterie, percussions
Emil Brattested : Saxophone, woodblock plastique, guitare
Andreas Rødland Haga : Basse
Truls Hannemyr : Claviers, synthétiseur, percussions
Jakob Eri Myhre : Trompette, effets, shekere

Discographie de Danakil Safari

Albums studio
2026 – From The Soil

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GLEN frappe fort avec It Was A Bright Cold Day In April

GLEN. It was a bright cold day in April,

Le 20 février 2026, les Berlinois de Glen, groupe formé en 2015, sortent leur quatrième album studio, It Was A Bright Cold Day In April, chez Kapitän Platte, distribué par Cargo Records. Un disque instrumental dense et ambitieux qui confirme la singularité de ce quatuor à part dans le paysage européen.

Le titre, emprunté à la célèbre phrase d’ouverture de 1984 de George Orwell, n’a rien d’anecdotique. Il suggère un climat d’instabilité, un monde en suspens, où l’ordre apparent peut basculer à tout instant. Cette tension diffuse irrigue l’ensemble de l’album.

GLEN. It was a bright cold day in April,

Une architecture sonore pensée comme un récit

Conçu comme une œuvre en cinq actes, le disque s’appuie sur une structure quasi narrative, renforcée par cinq poèmes intégrés au gatefold (pochette d’album qui s’ouvre en deux volets, comme un livre). L’ouverture avec Frenzy est un véritable tourbillon : guitares en friction, batterie martelée, montée en pression continue. Glen y affirme son goût pour le chaos maîtrisé, cette énergie brute tenue par une ossature rigoureuse.

Lotosesser installe ensuite une atmosphère plus hypnotique, presque trompeuse, avant que Brute Force ne déchire l’espace avec l’apport grinçant de la daxophone de Kriton Beyer et les interventions incisives des saxophones soprano et baryton de Norbert Stammberger. La matière sonore se fissure, grince, respire.

Avec Sublime, le groupe joue sur la suspension : une élévation fragile, aussitôt ramenée vers la gravité. Enfin, “… and the clocks were striking thirteen” referme l’album comme un avertissement, écho direct à l’univers dystopique d’Orwell. Les éditions CD et digitale proposent deux titres supplémentaires, Zugzwang et Il Ricordo, prolongeant l’expérience.

Une évolution constante depuis 2017

Depuis Crack (2017), Glen creuse un sillon exigeant. Ce premier album, collision frontale entre noise et structures libres, a posé les bases d’un langage singulier. Pull! (2021) puis I Can See No Evil (2023) ont élargi la palette, introduisant davantage de profondeur spatiale et une dynamique plus cinématographique.

Avec It Was A Bright Cold Day In April, le quatuor allemand affine encore son identité. Les compositions s’allongent, les arcs de tension se déploient avec patience, les motifs minimalistes émergent puis se transforment au fil d’une évolution organique. Glen se montre moins intéressé par la chanson que par le processus : répétition, friction, métamorphose progressive.

Un son sculpté avec précision

Enregistré au studio andereBaustelle à Berlin par Boris Wilsdorf (connu pour son travail avec Einstürzende Neubauten) et mixé par le producteur MACK, passé par les studios de Giorgio Moroder et collaborateur de groupes tels que Led Zeppelin ou Queen, l’album bénéficie d’une clarté sonore impressionnante. Chaque texture, même la plus abrasive, conserve sa lisibilité.

Le line-up reste fidèle à sa formule : deux guitares (Wilhelm Stegmeier et Eleni Ampelakiotou), basse (Roland Feinaeugle) et batterie (Achim Faerber), enrichis de clavinet, synthétiseurs et interventions invitées. L’ensemble oscille entre minimalisme et éruption, précision structurelle et improvisation libre.

À la croisée de l’avant-rock européen, de l’esprit No New York et de réminiscences krautrock, Glen poursuit sa route sans compromis. Abstrait, parfois déroutant, mais toujours habité. Un disque exigeant, certes, mais captivant pour qui accepte de s’y immerger.

Membres de Glen

Wilhelm Stegmeier : Guitare
Eleni Ampelakiotou : Guitare
Roland Feinaeugle : Basse
Achim Faerber : Batterie

Discographie de Glen

Albums studio
2017 – Crack
2021 – Pull!
2023 – I Can See No Evil
2026 – It Was A Bright Cold Day In April

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