Kitaro, l’architecte japonais d’un New Age sans frontières

Kitaro est l’un des musiciens japonais les plus importants dans l’histoire de la musique New Age et électronique. Compositeur, multi-instrumentiste et producteur, il a construit depuis la fin des années 1970 une œuvre singulière où synthétiseurs, instruments traditionnels japonais, rock, musique classique et influences venues d’Asie et d’Occident se rencontrent dans de vastes paysages sonores. Une musique contemplative, cinématographique et profondément attachée à la nature, qui a largement dépassé les frontières du Japon.

kitaro

Kitaro, des racines rock à la naissance d’un langage musical

Né Masanori Takahashi le 4 février 1953 à Toyohashi, dans la préfecture d’Aichi, Kitaro découvre d’abord la guitare et se passionne pour le rock et le rhythm and blues américains. Cette première culture musicale reste perceptible dans son approche de la composition, même lorsque son univers s’éloigne progressivement des formats traditionnels de la musique populaire.

Au début des années 1970, il rejoint le Far East Family Band, formation japonaise de rock progressif avec laquelle il explore déjà les possibilités offertes par les claviers et les premiers synthétiseurs. Le groupe travaille notamment avec le compositeur allemand Klaus Schulze, figure majeure de la musique électronique, dont l’influence contribue à ouvrir de nouvelles perspectives au jeune musicien japonais.

Kitaro se lance ensuite en solo et publie en 1978 Tenkai, également connu sous le titre Astral Voyage selon les éditions. Dès ses premiers albums, sa signature apparaît clairement : longues nappes de synthétiseurs, mélodies aériennes, percussions, flûtes japonaises et instruments traditionnels se mêlent à une électronique alors encore en pleine évolution.

Loin de simplement juxtaposer Orient et Occident, Kitaro cherche surtout à créer un langage musical qui lui soit propre. Sa musique ne renie ni ses racines japonaises ni son goût pour le rock et les expérimentations électroniques.

Kitaro, la révélation internationale de Silk Road

En 1980, une étape décisive change la trajectoire de Kitaro. La chaîne de télévision japonaise NHK lui confie la musique de Silk Road, série documentaire consacrée à la mythique route reliant historiquement l’Orient et l’Occident.

Les thèmes composés pour cette série vont devenir indissociables de son identité artistique. Les albums Silk Road et Silk Road Vol. 2 contribuent à installer son nom bien au-delà du Japon. La musique de Kitaro accompagne alors l’imaginaire de paysages immenses, de voyages et de civilisations anciennes, avec une puissance évocatrice qui explique en grande partie son rayonnement international.

Son parcours prend encore une nouvelle dimension lorsqu’il devient, en 1984, l’un des premiers artistes japonais à se produire en Chine et à Taïwan. Deux ans plus tard, il signe avec Geffen Records et bénéficie d’une diffusion beaucoup plus importante sur le marché occidental.

En 1987, The Light of the Spirit, réalisé avec Mickey Hart, batteur de Grateful Dead, illustre parfaitement cette volonté de dépasser les frontières stylistiques. Kitaro ne se contente plus d’être associé à une musique électronique contemplative : il développe une véritable esthétique de fusion, où rythmes, percussions, textures électroniques et instruments acoustiques peuvent cohabiter.

Kitaro, entre mythologie japonaise et grands espaces

Parmi ses albums les plus emblématiques figure Kojiki, paru en 1990. Inspiré par le Kojiki, recueil fondateur de la mythologie japonaise, l’album permet à Kitaro de revenir à l’histoire et aux racines spirituelles de son pays tout en conservant cette dimension universelle qui caractérise son œuvre.

Avec Dream, en 1992, il invite notamment Jon Anderson, chanteur de Yes, à participer à l’aventure. Cette collaboration avec l’un des grands noms du rock progressif confirme une nouvelle fois la capacité de Kitaro à dialoguer avec des univers musicaux très différents.

Le cinéma devient également un terrain d’expression privilégié. En 1993, il compose la musique de Heaven & Earth d’Oliver Stone, consacrée à la guerre du Vietnam. Cette partition lui vaut le Golden Globe de la meilleure musique originale en 1994.

La même période voit paraître Mandala, An Enchanted Evening, puis Cirque Ingenieux, tandis que Kitaro poursuit ses collaborations internationales et multiplie les projets liés au cinéma, au spectacle vivant et aux musiques traditionnelles.

Kitaro, une musique tournée vers la nature et la paix

Chez Kitaro, la nature n’est jamais un simple décor. Elle constitue une source d’inspiration permanente. L’eau, la terre, les montagnes, le vent ou encore les grands espaces semblent se transformer en matières musicales.

Cette dimension devient particulièrement manifeste après les événements du 11 septembre 2001. Alors qu’il se trouve dans un avion reliant le Japon à Los Angeles, son vol est dérouté vers Hawaï. Cette période d’incertitude lui inspire le projet Sacred Journey of Ku-Kai, consacré aux 88 temples sacrés de l’île japonaise de Shikoku.

Le premier volume paraît en 2003, suivi de quatre autres épisodes jusqu’en 2017. Cette série constitue l’un des projets les plus personnels de Kitaro : une invitation au voyage intérieur autant qu’à la découverte d’un itinéraire spirituel japonais vieux de plusieurs siècles.

Son discours autour de la paix et de l’harmonie accompagne également ses concerts. En 2007, le Love and Peace World Tour l’emmène notamment en Asie, en Europe et sur le continent américain. Sa musique devient alors un véritable langage sans paroles, capable de circuler d’une culture à l’autre sans nécessiter de traduction.

Kitaro, du New Age à une musique sans frontières

Même si Kitaro est régulièrement présenté comme l’un des architectes fondateurs du mouvement New Age, cette étiquette ne suffit finalement pas à résumer son parcours. Sa discographie emprunte autant à la musique électronique qu’au rock progressif, à la musique traditionnelle japonaise, au classique, à l’ambient ou aux musiques du monde.

Thinking of You, paru en 1999, lui apporte finalement le Grammy Award du meilleur album New Age en 2001. Une récompense qui vient consacrer une carrière déjà internationale, mais qui ne marque certainement pas son point final.

Les années suivantes voient apparaître Ancient, An Ancient Journey, les différents volumes de Sacred Journey of Ku-Kai, Spiritual Garden et Final Call. Ce dernier, publié en 2013, revient avec force sur la relation entre l’être humain et la planète.

En 2014, Symphony Live in Istanbul permet à Kitaro de confronter pour la première fois son univers à celui d’un orchestre symphonique en concert. Le projet lui vaut une nouvelle nomination aux Grammy Awards.

Plus récemment, Sacred Journey of Ku-Kai, Volume 5, paru en 2017, prolonge cette quête musicale et spirituelle. L’album sera à son tour nommé aux Grammy Awards, portant à seize le nombre total de nominations de Kitaro dans cette catégorie.

Kitaro, un voyage musical toujours ouvert

Ce qui frappe encore aujourd’hui dans la musique de Kitaro, c’est sa capacité à créer de l’espace. Ses compositions prennent leur temps, respirent et laissent les sons se déployer progressivement. Là où beaucoup de musiques électroniques peuvent rechercher la performance technologique, Kitaro utilise la technologie comme un moyen de créer de l’émotion et de suggérer des paysages.

De Silk Road à Kojiki, de The Light of the Spirit à Sacred Journey of Ku-Kai, son parcours dessine finalement une même ligne : faire dialoguer les cultures sans effacer leurs différences.

Plus qu’un représentant historique du New Age, Kitaro apparaît ainsi comme un compositeur dont l’œuvre a constamment cherché à brouiller les frontières. Une guitare électrique peut y côtoyer une flûte japonaise, un synthétiseur dialoguer avec un taiko et une orchestration symphonique prolonger une méditation électronique. Et c’est probablement là que réside la force de cette musique : elle invite moins à regarder l’heure qu’à regarder autour de soi.

Line-up

Kitaro : synthétiseurs, claviers, guitare, flûtes japonaises, percussions, taiko, composition, production

Discographie

Albums studio

1978 – Tenkai / Astral Voyage
1979 – Daichi
1979 – Oasis
1981 – Ki
1983 – Silver Cloud
1985 – Toward the West
1986 – Tenku
1987 – The Light of the Spirit
1990 – Kojiki
1992 – Dream
1994 – Mandala
1996 – Peace on Earth
1998 – Gaia-Onbashira
1999 – Thinking of You
2001 – Ancient
2002 – An Ancient Journey
2003 – Sacred Journey of Ku-Kai Vol. 1
2005 – Sacred Journey of Ku-Kai Vol. 2
2006 – Spiritual Garden
2007 – Sacred Journey of Ku-Kai Vol. 3
2010 – Sacred Journey of Ku-Kai Vol. 4
2013 – Final Call
2017 – Sacred Journey of Ku-Kai Vol. 5

Bandes originales et projets associés

1980 – Silk Road
1980 – Silk Road Vol. 2
1981 – Tonko
1982 – Queen Millennia
1983 – Tenjiku
1984 – Si Shui Liu Nian
1986 – Manhunter
1993 – Heaven & Earth
1997 – Cirque Ingenieux
1998 – The Soong Sisters
2003 – Ninja Scroll
2009 – Impressions of the West Lake
2009 – Toyo’s Camera
2010 – 442 – Live with Honor, Die with Dignity
2012 – Let Mother Earth Speak
2014 – Symphony Live in Istanbul

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Wayne Banks dévoile « Cold River » avant son premier album

Après des années passées à accompagner d’autres artistes, Wayne Banks commence enfin à mettre son propre nom au premier plan. Le musicien et songwriter originaire de Nottingham dévoile aujourd’hui « Cold River », son deuxième single de 2026, quelques mois avant la sortie de son premier album, Ex Libris Wayne Banks, prévue en novembre.

Wayne Banks
Photo par Izzy Rubin-Burnett – Retouches par Amelia Banks

Bassiste, auteur-compositeur, directeur musical et musicien de session, Wayne Banks possède déjà un parcours bien rempli. Au fil des années, il a notamment travaillé avec Robin Gibb, Saxon et The Classic Rock Show, tout en écrivant ses propres chansons depuis l’âge de 14 ans.

Après « World We Share », qui abordait davantage les questions de communauté et de différences sociales, « Cold River » prend une direction beaucoup plus personnelle. Construite autour d’une guitare acoustique, la chanson se présente comme une ballade rock teintée de folk et de rock alternatif, avec une idée centrale assez simple : rester aux côtés de quelqu’un lorsque la vie devient difficile, plutôt que de chercher à résoudre ses problèmes à sa place.

Le morceau est né d’une idée de guitare acoustique de James Cole, collaborateur de longue date de Wayne. Dès la première écoute, une mélodie vocale et les premières paroles lui sont venues presque instantanément. Le reste de la chanson s’est ensuite construit autour de cette première inspiration.

Le titre « Cold River » est lui-même une métaphore des épreuves que l’on peut traverser. La rivière représente les difficultés, tandis que le fait de rester à proximité de quelqu’un rappelle qu’on ne peut pas toujours changer sa situation, mais qu’on peut au moins éviter qu’il ait à la traverser seul.

Wayne Banks
Photo par Izzy Rubin-Burnett – Retouches par Amelia Banks

Derrière cette idée se cachent également des expériences très personnelles. Wayne explique que les premières paroles l’ont amené à réfléchir à la perte de sa mère lorsqu’il était très jeune, ainsi qu’à la maladie de longue durée de son épouse. Le morceau a donc progressivement évolué vers une réflexion sur le fait d’être présent pour quelqu’un dans les moments difficiles.

Cette approche plus intime permet à « Cold River » de toucher à quelque chose d’assez universel : nous ne pouvons pas toujours réparer les choses pour les personnes que nous aimons, mais nous pouvons choisir de rester à leurs côtés.

Le morceau arrive alors que Wayne Banks prépare la sortie de Ex Libris Wayne Banks. Et visiblement, il ne faudra pas s’attendre à un album facile à classer. Rock, alternative, folk et influences plus dansantes devraient se retrouver sur un disque qui reflète les différentes facettes de son écriture.

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